Lisbonne : l’Irlande revotera, mais c’est un secret

Publié le par Le Pfss

Les Irlandais doivent être contents : il n’est pas question de leur « imposer» un second référendum sur le traité de Lisbonne après le rejet du 12 juin, a affirmé aujourd’hui, à Dublin, Nicolas Sarkozy à l’issue de la visite officielle qu’il a effectué dans ce pays afin de prendre la température. « Je n'ai jamais dit que l'Irlande devait convoquer un nouveau référendum, j'ai  dit qu'à un moment ou à un autre il faudra bien que les Irlandais donnent leur avis », s’est défendu le chef de l’Etat lors d'une conférence de presse, alors qu’il était interrogé sur sa déclaration faite quelques jours auparavant selon laquelle : « les Irlandais devront revoter ».  « Nous n'avons pas la solution miracle et surtout nous ne voulons pas l'imposer, nous voulons que le peuple irlandais se sente respecté dans son choix, mais nous devons également tenir compte du fait qu'avec l'Italie bientôt, c'est 24 pays qui auront ratifié le traité de Lisbonne », a argumenté Sarkozy (vous pouvez voir cette conférence de presse ici). "Nous ne faisons pas l'Europe tout seul, mais à 27". Décrypté, cela veut dire qu’on ne vous dit pas de revoter, mais on ne voit pas comment vous pourrez faire autrement.

Dans un communiqué commun publié par Dublin et Paris, il est d’ailleurs fermement souligné que Sarkozy « s’est félicité de constater que le processus de ratification se poursuivait dans les autres Etats membres » et a répété son « attachement au traité de Lisbonne ». Le chef de l’Etat français (photo: Thierry Monasse) et le premier ministre irlandais se sont même « engagés à agir en étroite concertation afin de trouver le moyen de faire  progresser l'Union », ce qui veut bien dire ce que cela veut dire. De son côté, Brian Cowen a indiqué que son gouvernement « se donnait pour but de mieux comprendre les préoccupations qui avaient influé sur l'issue de ce référendum, étape indispensable avant de décider comment y apporter la meilleure réponse », conclut ce même communiqué. « Je suis convaincu qu'avec un peu de temps, et l'Irlande a besoin de temps, nous trouverons la solution pour donner aux Européens les institutions démocratiques dont ils ont besoin », a ajouté Sarkozy lors de sa conférence de presse.

Bref, la seule solution possible pour sortir de l’imbroglio causé par le « non » irlandais est donc un second référendum. Il est, en effet, exclu, que l’Union se lance dans la renégociation du traité de Lisbonne qui est lui-même une renégociation du projet de traité constitutionnel. Pourquoi ? Tout simplement parce que la volonté politique fait défaut : les gouvernements n’ont aucune envie de se relancer dans une discussion institutionnelle manifestement sans issue, tous les chemins alternatifs au traité de Lisbonne ayant été explorés. Lisbonne est le seul compromis possible à 27 pour l’instant. Il faut d’ailleurs noter qu’aucun parti de gouvernement ne propose une telle renégociation, ce qui pose un léger problème à ceux qui réclament un tel exercice… A défaut ou si les Irlandais votent à nouveau « non », en dépit des « déclarations » qui assureront à l’Irlande que ni la neutralité, ni l’interdiction de l’avortement ou du mariage gay, ni l’unanimité en matière fiscale et sociale ne seront remises en cause, le traité de Lisbonne sera définitivement enterré.

A moins que l’Irlande ne se mette volontairement en congé de l’Union, ce qui est toujours possible : elle pourrait, si elle souhaite garder les avantages du marché unique, entrer dans l’Espace économique européen (où sont déjà la Norvège, l'Islande et le Lichtenstein). Mais là aussi, il faudrait en passer par un référendum en Irlande, ce qui n’est pas gagné d’avance… Sauf si la question est un tantinet modifiée : c’est soit l’Union avec Lisbonne, soit la sortie de l’Union, Dublin estimant ainsi qu’elle ne peut bloquer ses partenaires.

Peut-on aussi imaginer la mise en place d’une Union à 26 ? Sarkozy l’a évoqué à demi-mot: « je me battrai pour que nous avancions à 27 sans laisser personne de côté, pour trouver une solution à 27, ensemble ». Juridiquement, l’affaire est complexe : il faudrait que les 26 partenaires de Dublin quittent de concert l’Union actuelle puis en refondent une seconde à côté, laissant l’Irlande seule. Politiquement, c’est encore plus délicat : combien de pays seraient prêts à emprunter cette voie ? Poser la question, c’est hélas y répondre.

(http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2008/07/lisbonne-lirl-1.html#more)

Appelera t on "démocratie" le non respect d'une décision du peuple?

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